lundi 22 septembre 2008

08-09-19 De Victoria Falls à Harare

L'histoire était simple. Partir de Victoria Falls pour rejoindre Harare. 2 options s'offraient à nous. L'autobus ou le train. Et pour chacune de ces options, de grands avantages et de grands inconvénients. Dans le premier cas, la distance à parcourir était d'environ 600km. Avantage : trajet direct. Inconvénient : arriver à 20h00 à la station de bus et espérer avoir une place dans le bus qui part à 4h00 du matin... s'il part (pénurie de carburant oblige!). Dans le deuxième cas, la distance est de 900km. Avantage : train couchette, donc plus confortable. Inconvénient: passage par Bulawayo (450km au sud-est) d'ou il nous faudra prendre un bus ou une autre tain pour Harare (450km nord-est). Autre inconvénient : les piètres fiabilité et ponctualité du transport ferroviaire africain. Après mure réflexion, nous avons opté pour le train.

Le 19 septembre, nous sommes donc allés réserver nos billets de trains à la gare. Super, il reste une couchette. De toute façon, à voir la face de la fille aux réservations, il semblerait que pour des raisons de sécurité, elle ne nous aurait pas vendu de billet en économique. Les billets réservés, il nous faut désormais les payer. Mais ils ne prennent par les $ US. Il faut donc en changer. Mais les queues sont interminables dans les banques et on y obtient un taux de change 50% inférieur à celui de la rue. Mais changer dans la rue est interdit, et pas question de prendre le risque de visiter les geoles zimbabwéennes! De retour au camp, la gérante propose de nous organiser le tout. Le taux de change d'hier était de 400$ Zim pour 1$ US. Un coup de téléphone de sa part et quelqu'un s'en vient dans quelques minutes. Le taux de change aujourd'hui est de 500$ Zim pour 1$ US. 25% d'inflation depuis hier. Pas mal! Et pendant que je vous écrivais au comptoir du bar, une femme est arrivée à mes cotés. Un instant et nous avions changé juste de quoi payer nos billets de train. Reste de l'après midi à mettre les posts en ligne puis ramassage de nos affaires. Le train part à 19h00 (l'arrivée à Bulawayo prévue entre 9h00 et 10h00 demain matin). Mais le guichet pour payer ferme à 18h00. Et pas question de se promener une fois la nuit tombée. Donc, à 17h30, départ pour la gare qui est à 10 minutes à pieds. Sur la route, nous repassons devant les vendeurs de souvenirs qui ne nous achalent plus trop. À force de nous voir passer sans rien leur acheter, ils ont du décider de nous laisser tranquilles!

Arrivée à la gare. Nous payons nos billets de train avec 40 billets de 500$ Zim. On nous dit que la composition du train (ie notre numéro de cabine) sera affichée à 18h30. Il ne nous reste plus qu'à attendre.
18h30: pas d'affichage. La gare se remplit peu à peu. Et notre train n'est pas encore en vue.
19h00: nous serons en retard, c'est certain!
20h00: je demande à un employé de la gare qui me dit que ça ne sera pas long et que le tableau va etre affiché sous peu.
21h00: le quai de la gare est plein. Des vendeurs y proposent du pain, de petits sacs de pop-corn, des boissons fraiches, des biscuits. Toujours pas de train à l'horizon.
22h00: un agent de la gare m'annonce que le train va bientôt arriver et que le départ aura lieu environ 1 heure après.
22h30: le train entre enfin en gare. On affiche la composition du train.
23h30: nous avons pris possession de notre cabine. Il n'y a pas de lumière. Et la chaine de sécurité (pour la fermer) est manquante. Le chef de train arrive. Il nous change de cabine et nous suggère fortement de bien mettre la chaine de sécurité lorsque nous dormons. Merci du conseil! Il a la cabine mitoyenne à la notre,ce qui nous rassure tout de meme. Et le train s'élance. Enfin! Nous savons désormais à quelle heure nous sommes partis. Mais nous n'avons aucune idée de l'heure à laquelle nous arriverons...

Nous mangeons rapidement une assiette de riz agrémentée de sauce soya (il ne faut pas oublier que nous sommes autonomes pour manger). De toute façon, il n'y a pas de wagon restaurant ni de snack dans les trains au Zimbabwe! Le controleur passe vérifier les billets. Parfait, nous allons pouvoir nous barricader... Nous fermons la porte, mettons le loquet ainsi que la chaine de sécurité (note de Sylvie : Nous rajoutons également le fil métallique acheté avec mon cadenas afin d'avoir une double sécurité ;) les gens nous répètent assez de faire bien attention à nos bagages...). Je dors dans la couchette du haut. Sylvie sera en- dessous de moi. Nos sacs de couchage sont sortis et nous dormons déjà.

Nous nous réveillons avec le soleil. Le train est arreté depuis un long moment. Et reste ainsi encore environ 1 heure. Nous n'avons aucune idée de ou nous sommes. Puis nous nous élançons à nouveau. Plus tard, nous arrivons à une « gare » (les « » signifient que ce n'est pas une gare comme nous avons l'habitude de les voir mais plutot un arret dans la savane, parfois sans quai) qui porte un nom. Dete. Nous regardons sur la carte, curieux de voir ce qu'il nous reste à parcourir. Et là, surprise. À l'échelle de la carte, nous avons parcouru... le tiers de la distance! (note de Sylvie : rappel, nous avons environ 450 km à parcourir). Bien que la section Vicoria Falls paraisse etre la plus sinueuse du parcours (et donc la plus lente), la journée s'annonce tout de meme longue. Et pendant des heures, le train s'arrete ça et là. Souvent en rase campagne. En pleine savane. Au milieu de nulle part. Et lorsqu'il s'arrete apparaissent comme par enchantement des hommes et des femmes qui montent dans le train. D'autres en descendent. Puis le train repart. Lentement. Péniblement meme. La locomotive au diesel semble épuisée après autant d'années à sillonner le pays. Mais nous repartons à chaque fois, après que le conducteur de la micheline soit descendu « jouer » après les essieux de plusieurs wagons (je soupçonne que les freins restaient « collés »).
À un moment, le train s'immobilise une fois de plus dans le « nowhere ». Par la fenetre, on entend parler fort dans les radios des employés de la NRZ (National Railways of Zimbabwe) qui sont descendus du train. Ils s'activent. Ils semblent scruter les buissons autour du train. En fait, un voleur s'est emparé du sac d'un passager, l'a jeté par la fenetre et a lui aussi sauté du train pour s'enfuir avec son butin. Après quelques minutes de vaines recherches, nos repartons.

Finalement, nous arrivons en gare de Bulawayo à 15h30, après 16 interminables heures asssis sur notre couchette. Ah oui, on vous a pas dit. Mais afin de ne pas solliciter les convoitises de certaines personnes mal intentionnées, nous sommes restés tout ce temps dans notre cabine, à lire, jouer aux cartes ou échanger sur nos impressions.

Arrivés si tardivement, il n'était pas sécuritaire d'aller prendre le bus pour Harare car nous y arriverions trop tard (minimum 22h00). Nous décidons donc de prendre le train de nuit pour Harare.

Arrivés en gare, le chef de train nous conseille de bien faire attention à nos sacs. Il y a beauoup de voleurs sur les quais... Nous rejoignons le bureau du chef de gare (la vendeuse de billets à Victoria Falls nous avait suggéré de nous adresser à lui pour assistance). Il nous indique ou acheter les billets de train. Il faut sortir de la gare et le bureau est là, sur la gauche. Nous nous y rendons. Mais pas de chance, les couchettes sont toutes prises. Il reste l'option « normal » ou « économie ». Nous prenons malgré tout 2 billets en « normal ». C'est pas super, mais on n'a pas le choix (note de Sylvie : tenter de trouver une auberge bon marché dans une ville peu touristique dans ces temps dificiles, est plus qu'aléatoire). Et il faut payer en $ Zim (ils ne prennent pas les $ US!). Je me mets en quete de faire du change. Un employé accepte à un taux tout à son avantage. Mais c'est ainsi. Quand on est mal pris, on acquiesce! Je lui demande la différence entre classe normale et classe économique. Il me répond que c'est la meme chose. Juste le siege qui est un peu plus confortable. Peu de sommeil en perspective afin de surveiller les sacs!

Retour au guichet. On paye et nous obtenons nos billets. Il est 16h13 et le train « part » à 21h00. Nous rentrons dans la gare ou se trouve un salon pour les 1ere et 2e classes. Nos billets sont de 2eme, alors nous y entrons. On se retrouve dans une grande pièce, aux murs plaqués acajou, avec de vieilles photos défraichies du Zimbabwe. Au milieu trone le portrait de Robert Mugabe. Des canapés, style vieille Angleterre, forment un grand « U ». Une petite télé qui joue à tue-tete est branchée sur ZBC (Zimbabwe Broadcasting Channel) et passe des compétitions d'athlétisme des JO de Pékin. Au fond, une salle de toilette propre. On va pouvoir se reposer un peu. Dans un des canapés, le chef gare. Dans un autre, un autre employé de la gare. Il me salue, me demande ou on va. Harare. Je lui explique que malheureusement, nous n'avons pas de cabine et que nous sommes en 2e classe. Son expression ne me rassure pas! Il me propose cependant de retourner à la billetterie plus tard car il arrive parfois qu'il y ait des annulations. J'ose espérer que cela se passera aujourd'hui! À sont tour, le chef de gare me demande si nous avons pu avoir nos billets. Je lui explique la situation. Il réfléchit et me dit que le chef de train sera à son bureau à 20h00. Il verra avec lui s'il peut faire quelque chose pour nous.

Les 2 hommes quittent le salon et nous nous retrouvons seuls. Nous en profitons pour manger. Une assiette de riz, mais cette fois-ci avec une boite de thon. Faut bien faire changement quand meme!

Vers 19h30, le monsieur avec qui j'ai discuté plus tot apparaît par une porte au fond du salon et me fait signe de venir le voir. Je rentre dans son bureau. Nous sommes en arriere de la billetterie. Il doit en etre le responsable. « On vient d'avoir une annulation » me dit-il. Cool! Il fait le calcul de la différence de prix. Mais je n'ai toujours pas de $ Zim! Il me fait alors du change (au vrai prix du marché!) et il appelle une employée pour qu'elle émette de nouveaux billets. Génial. Voilà un poids en moins pour cette nuit.

20h45: la composition du train est affichée. Nous embarquons. Et à 21h00 précises, une grande secousse ébranle notre wagon. Nous partons pour Harare. Et après le meme scénario qu'hier (sacs de couchage, billets, etc.), nous nous endormons.

Réveil avec le soleil. Au rythme de la nature. Le train est encore arreté au milieu de nulle part. Puis repart. À 9h00, nous ne sommes toujours pas arrivés. Petit déjeuner avec un pain acheté la veille à la gare (c'est assez « plain » mais quand on a faim...). Pour agrémenter le tout, nous achetons quelques oranges à un des arrets du train. En effet, à chaque arret, c'est l'occasion pour les habitants du village traversé d'essayer de vendre quelques affaires aux passagers du train. Des cigarettes (à l'unité), des fruits, des légumes. 10$ Zim l'orange. J'en prends 5. Ça représente 10 cents!
Le train repart. Puis s'arrete à nouveau. Comme à chaque fois, je regarde par la fenetre ce qui se passe. Les agents de sécurité sont encore une fois très actifs à l'extérieur. Et alors que le train repart lentement, j'aperçois l'un d'eux en train de ramasser des billets à terre, une arme à la main. Étonnante situation...

Finalement, nous arrivons à Harare vers 11h00. Pas si mal que ça! Nous nous organisons pour aller à un « phone shop », petite boutique dans laquelle faire des appels téléphoniques. Sylvie sort de la gare pour en rejoindre un tout proche. (note de Sylvie : Je me connecte d'abord sur notre gmail pour récupérer les coordonnées puis j'appelle Jacki car le numéro de la ferme ne répond pas. En fait, c'est le jeune homme qui tient le « Internet Village » qui compose les numéros. Il est curieux de savoir d'ou je viens et comment est ma vie au Canada. je lui explique qu'il y fait très froid, avec beaucoup de neige... Alors il me dit que ce n'est pas un bon pays pour lui... Si généralement le gens nous questionnent sur notre pays c'est par curiosité mais au Zimbabwe, la question qui arrive tout de suite est : Comment on fait pour y aller ? comment on obtient le visa ? or, nous avons appris dès la frontière que les relations entre la Canada et le Zimbabwe ne sont pas au meilleur. En effet, le processus de visa canadien semble très lourd pour les zimbabwéens et généralement refusé. C'est pourquoi notre visa a couté 65 $ US au lieu de 30 $ US : principe de réciprocité!). Il nous faut appeler notre contact ici pour savoir si elle peut nous prendre pour nous amener à la ferme ou nous devrions passer quelques jours pour faire du bénévolat. À son retour, Sylvie m'annonce que nous devons trouver une chambre pour la nuit car nous sommes dimanche et notre contact n'ira pas à la ferme aujourd'hui... (Note de Sylvie : Le small backpackers world nous a été recommandé par Jacki à qui je viens de parler et il est également recommandé par le Lonely Planet... aouch, on parle de 55$ la nuit. Après vérification sur internet, je constate un prix annoncé autour de 15$... parfait, allons-y !).

Nous prenons donc un taxi en avant de la gare. Il ne semble pas trop savoir ou se trouve l'adresse de l'auberge que nous lui montrons sur la carte du Lonely Planet. Le prix? 1000$ Zim. Pas cher. Nous embarquons. Finalement, il nous faudra près de 30 minutes pour faire 6 km, notre chauffeur n'ayant aucune idée d'ou se trouve Ridge Road et n'ayant pas ou peu le sens de l'orientation! Arrivés devant ladite adresse, surprise: personne. Tout semble fermé. Disons qu'avec la situation politique qui règne, le tourisme se fait rare. L'option suivante est le seul hotel que nous avons croisé, un majestueux 5 étoiles au centre de Harare (meme en temps de crise, le luxe survit!). Le chauffeur nous propose cependant de nous accompagner jusqu'à une auberge qu'il connait. « Let's go »!

Arrivés au « Elephant Lodge », visite rapide de la chambre. 35$ US. Pas mal cher, mais quand on est mal pris, on doit faire des concessions. Je paye le taxi et lui donne un petit bonus en le remerciant pour son aide. Et là, surprise No2, ce n'était pas 1000$ Zim, mais 10000$ Zim (en fait 100 000 000$ Zim avant la dévaluation!). Ce qui fait 20$ US. Oauch. Je veux bien que le prix de l'essence soit élevé, mais là, ça ressemble plus à du racket au facies qu'à autre chose. Pas le choix. On paye.

Petites heures de repos après près de 40 heures de voyage pour ne faire que 900km! puis petit tour à l'épicerie. Finalement, c'est dans la rue que je trouve notre repas du soir. Tomates, oignon et feuilles vertes ressemblant à des épinards. Le petit vendeur m'explique comment les cuisiner. Retour à la chambre. il nous faut trouver autre chose à manger et de l'eau en bouteille. Je repars avec les employées de l'auberge qui ont fini leur journée et me conduisent jusqu'à une station service « total » qui tient un dépanneur. Le choix est maigre. Pour l'eau embouteillée, à l'équivalent de 1.75$ US les 500ml, on va laisser faire (nous avons des pastilles pour désinfecter l'eau du robinet). Je trouve cependant du riz qui est le bienvenu. À l'extérieur, c'est la fete. L'équipe de soccer (foot) du Zimbabwe vient de battre l'équipe d'Égypte. On dirait qu'ils ont gagné la coupe du monde! Retour à l'auberge en toute quiétude.

Rédaction du blog que vous etes en train de lire puis direction la cuisine pour préparer notre repas « zimbabwéano-canado-français » (Note de Sylvie : repas de luxe cuisiné par mon amoureux ! waw ma soirée est faite :) C'est vraiment bon, cela change des derniers repas. C'est dans ce genre de moments que l'on prend conscience du luxe dans lequel on vit dans notre maison de St-Hubert, avec toutes les facilités. Ici, péparer son repas représente une quete parfois d'une journee comme me l'expliquait une dame avec laquelle j'ai passé un moment à discuter dans le fameux lounge de la gare de Bulawayo.). Dehors, dans la petite cour du « lodge », depuis notre arrivée, se succèdent pas mal de personnes. Des hommes qui vont au comptoir payer une chambre. Une femme qui attend dehors. Je trouve que les gens ici n'ont pas besoin de beaucoup de sommeil car ils repartent peu de temps après etre allés se coucher. Surprenantes moeurs!

Aujourd'hui, réveil au son d'une troupe militaire qui fait son footing dans les rues en chantant. Peut-etre la garde présidentielle (le palais présidentiel est tout proche). Et vers 9h00, Jacki ou Claudette de kufunda va passer nous prendre.
On vous écrira alors nos impressions sur la ferme ou nous devrions, si tout se passe bien, demeurer quelques jours.

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