lundi 22 décembre 2008

08-12-11 Varanasi


A 21h10, le train entra en gare. Une fois le ''ticket manager'' trouvé, nous lui avons exposé notre probleme. Il nous expliqua que nous devions préalablement acheter un billet de train (entrée générale) et ensuite revenir le voir pour qu'il nous assigne une place. Vous imaginez donc a quelle vitesse nous avons rejoint le guichet pour obtenir des billets. Par la suite, nous avons couru retrouver le ''ticket manager'' afin qu'il nous donne des places. Mais la, nous avons du combattre avec plusieurs personnes dans le meme cas que nous, qui semblaient payer allegrement un léger supplément a l'intention du ''ticket manager'' et surtout parlant la langue, ce qui les avantageait nettement par rapport a nous. Rendu a notre tour, il nous référa a un de ses collegues qui, finalement, nous assigna 2 couchettes. Comble du luxe: non seulement allions nous embarquer dans ce train, mais en plus nous allions avoir des couchettes (alors que nous nous étions préparés mentalement a passer 12 heures sur une banquette de bois et a dormir assis, tassés comme des poules!). Il passera nous voir plus tard pour collecter la balance du prix des billets.

Une fois dans le compartiment, nous avons identifié nos lits. Des personnes nous regardaient faire avec un oeil plutot... étonné. Les quelques mots qu'is prononcerent en Hindi ne nous aiderent pas beaucoup a comprendre de quoi il retournait. Le train s'élança. Et ce n'est que bien plus tard que nous avons réalisé que les banquettes que le ''ticket manager'' nous avait assignées étaient déjà prises par quelqu'un d'autre! Vivement qu'il se pointe la face...

Le ''ticket manager'' arriva. Ou plutot, ils arriverent. 3 ''ticket manager'' (2 hommes et une femme) accompagnés d'un homme en arme. Concernant ce dernier, les trains sont maintenant patrouillés en permanence par des hommes armés, 24 heures sur 24. Attentats de Mumbai obligent. Ils ont régularisé quelques billets de personnes dans la meme situation que nous. Puis notre tour est arrivé. Tous les 4 se tenaient entre les 2 wagons. Le ''ticket manager'' le plus agé me fit signe de le rejoindre. Je me suis rendu entre les wagons. Il me demanda la balance du billet qui était de 260 roupies. Mais lorsque je lui remis l'argent demandé, il me demanda un petit extra pour le service. Certes, cela fait partie du jeu: toute peine mérite salaire, alors tu me dépannes et tu reçois un petit quelque chose en retour. Mais la, entouré de 4 personnes (dont une armée) qui vous fixent ardemment, payer le ''ticket manager'' et lui donner son batchich, ça fait tout bizarre. Non content de la somme demandée (100 roupies, soit 2,50$, ce qui n'est quand meme pas grand chose!), il me demanda de ne pas oublier ses collegues et de lui donner 100 roupies additionnelles. Bien évidemment, je n'ai eu d'autre choix que de m'exécuter. Les ''ticket manager'' semblerent ravis et c'est avec 2 couchettes (et un reçu!) en poche que je suis retourné retrouver Sylvie. Toutefois, curieux de voir si nous étions les seuls a vivre cette expérience, j'ai pu observer qu'il s'agissait la de la façon habituelle de faire, ce qui me rassura a l'effet que ce n'était pas une mesure visant seulement les occidentaux mais que meme les indiens eux-memes étaient soumis au meme traitement... Le reste du voyage fut tranquille, mis a part que l'arrivée a Varanasi était prévu pour 8h00 le lendemain matin. Mais a notre réveil, a 7h00, nous avons eu la surprise de nous apercevoir que nous avions fait... la moitié du chemin. Nous avons également fait la rencontre de Mustapha, français en voyage pour 3 mois en Inde. Et ce n'est qu'a 14h00, soit avec 6 heures de retard, que nous avons mis les pieds a Varanasi.

Varanasi est une ville sacrée pour les hindous. Elle longe le mythique Gange sur plus de 6 kilometres. Chaque hindou doit y venir au moins une fois y faire ses ablutions. Une autre particularité de Varanasi est que si un hindou y meurt, il mettra fin au cycle interminable des nouvelles vies et accedera alors directement au Nirvana. C'est une des raisons pour lesquelles on retrouve dans cette ville un nombre important de personnes agées ou malades qui esperent finir leurs jours en ce lieu sacré.

Avec Mustapha, nous avons donc partagé un rickshaw jusqu'à la vieille ville qui longe le Gange. Apres avoir déambulé dans les étroites ruelles, nous avons posé nos sacs dans une guesthouse dont la terrasse surplombe les ghats, tout comme la chambre que nous avons eue.

Pendant que je faisais une petite sieste pour reprendre des forces, Sylvie a assuré l'intendance électronique (ranger les photos, trier les vidéos, etc.). A mon réveil, elle est venue me voir en me disant: '' tu sais pas qui je viens de croiser? Non... Julian, qu'on avait rencontré a Pushkar! Eh bien, en voilà une surprise ''. Le soir venu, c'est donc en sa compagnie que nous avons pris notre premier repas a Varanasi. Le lendemain matin, aux aurores (4h30 du matin!), un bruit de personnes qui parlaient et chantaient me réveilla. Et lorsque je suis allé voir par la fenetre ce qui se passait, je fus surpris d'apercevoir des milliers de femmes qui marchaient dehors, en file indienne le long du Gange, avec un sac sur la tete. Étrange scene si matinale! Il était cependant trop tot pour que je me leve. Vers 10h00, nous avons retrouvé Mustapaha pour aller déjeuner. Par la suite, nous sommes allés marcher sur ces ghats mythiques. Un ghat est une berge aménagée en forme de gradins s'avançant dans le fleuve afin que les personnes puissent y accéder. Le long du Gange, fleuve sacré appelé ''mother Ganga'' par les hindous, se succédaient les différentes activités pratiquées. Juste en bas de notre guesthouse se trouvaient les lavandier-es qui lavent le linge et le battent sur des pierres plates en guise de frottage, l'essorent puis l'étendent sur le sol du ghat ou sur les contreforts maçonnés des maisons pour le faire sécher. Plus loin, les promenades en bateau, tres prisées des touristes pour admirer la ville depuis le milieu du fleuve. Puis le ghat principal sur lequel se tiennent quotidiennement les activités de la ''puja'', grande célébration hindou de fin de journée ou des pélerins se prosternent devant des danseurs effectuant des mouvements et gestes sacrés en l'honneur du fleuve tant vénéré. En marchant encore, on arrive au ghat de crémation, lieu hautement symbolique de la ville, iconographique meme, mais ou on comprend un peu plus de la culture hindou et de la ferveur des indiens envers cette religion. Apres avoir été lavés et préparés, les corps des défunts sont portés par la famille jusqu'au ghat, recouverts de draperies rouge et or toutes aussi éclatantes que brillantes. On plonge alors le corps une derniere fois dans les eaux purificatrices du Gange, puis on le dépose sur un bucher composé de bois aussi précieux que les finances des familles le permettent. Un proche (l'aine des garcons s'il sagit du pere qui decede et le plus jeune si c'est la mere) allume alors le foyer qui fera le reste. Enfin, les cendres seront ramassées pour ensuite etre jetées dans le Gange. Quotidiennement, ce sont de 200 a 300 corps qui sont ainsi incinérés, 24 heures sur 24. Et lors de notre passage, ce ne sont pas moins de 18 corps qui étaient en train d'etre incinérés. Sachez par ailleurs que les photos étant interdites (pour des raisons évidentes de respect), vous n'en verrez aucune sur notre blog. Personnellement, comme bien du monde, ces scenes intimes et douloureuses (dont les femmes sont exclues depuis de nombreuses annees maintenant car certaines s'immolaient dans le bucher) ont été pour chacun d'entres nous un moment fort de notre passage a Varanasi. Mais c'est ainsi dans la culture hindou, et je suis tres reconnaissant a leur égard de nous permettre d'assister d'aussi proche a un plan aussi personnel de leur vie. Apres un long moment a observer les rituels, des façons de faire, les organisations de l'endroit, les roles de chacun, nous avons continué notre promenade sur ces ghats qui mesurent plus de 6 kilometres. Et partout, des hommes et des femmes en train de faire leurs ablutions dans cette eau brune sur laquelle flottait une quantité plutot appréciable de déchets en tous genres. Sur le chemin du retour nous avons traversé la vieille ville par ses ruelles ou il fait bon se perdre, a slalomer entre les chiens, les chats, les cochons, les vaches, les vélos, les rickshaws, les autorickshaws, les charettes... et bien évidemment les piétons! C'est également en se promenant dans les rues que notre nez nous rappelle parfois son utilité lorsque des odeurs plutot désagréables en tous genres viennent a le stimuler... A 17h30, afin de ne pas manquer nous non plus la vue de la ville depuis le fleuve, nous avons retenu les services d'un bateau qui nous a permis d'aller voir le ghat de cremation ainsi que la ''puja'' de nuit. Quel spectacle indescriptible! Le soir, nous avons mangé dans un petit restaurant de rue fort sympathique dont la salle a manger était tellement grande qu'elle ne comportait qu'une seule table et 4 places autour. La nuit fut plus tranquille que la précédente et le réveil matinal. Réveillé a 6h00 au son des lavandier-es battant leur linge, je me suis habillé pour aller observer les ghats a leur réveil. Étant actuellement en période hivernale (l'Inde se trouve dans l'hémisphere nord), les nuits sont relativement fraiches, et particulierement humides. Le matin, une épaisse brume recouvre completement la ville et le fleuve. Au lever du soleil, on ne voit pas a 15 metres en avant. Il régnait alors une ambiance mystérieuse. Le bruit du linge qui frappe, les personnes qui déambulent le long des gaths, les formes des hindous qui font leurs ablutions dans l'eau, l'odeur des enscens, le bruit des rames des bateaux qui voguent... on aurait pu se croire dans un livre ou Sherlock Holmes traque un mystérieux suspect dans la brume londonnienne. Mais tranquillement, alors que les heures passaient, la brume accepta timidement de se dissiper afin de laisser apparaître le soleil. Apres avoir retrouvé Sylvie et Mustapha a la guesthouse, nous sommes allés déjeuner (ou Julian nous attendait) pour prendre des forces avant d'aller faire quelques achats. Puis nous sommes revenus chercher nos sacs pour mieux repartir vers la gare. A 18h20, nous prenions un train pour Kolkota (Calcutta). Sur place, on nous annonça 1 heure de retard... puis 2. Ce n'est donc qu'a 20h30 que nous avons pris la direction de la derniere étape de notre périple en terres indiennes. Et pour ce dernier voyage, puisque c'étaient les seules places accessibles, c'est en wagon climatisé que nous allions voyager.

A suivre...

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