
Le vol fut une simple formalité, si ce n'est que nous avons du ''rusher'' pour avaler le repas qu'on nous a servi malgré l'heure et quart de vol! A destination, nous avons rempli notre demande de visa, puis avons passé les memes étapes que partout ailleurs: immigration, bagages et douane. Dehors, la température était élevée. Un taxi nous conduisit dans le quartier des backpackers: Boeng Kak (aussi appelé ''Lakeside''). La ''lazy fiish guesthouse'', sur les bords du lac, allait etre notre point de chute. Apres avoir traversé la partie animée du quartier, nous sommes arrivés a destination. La place était au bout d'une longue ruelle sombre. Au moins, nous y serions au calme. Et aussitôt arrivés, un chauffeur de rickshaw nous proposa ses services pour le lendemain matin. Pour ça, on verra plus tard. Les chambres prises, nous y avons déposé nos sacs a dos et c'est tranquillement installés sur la terrasse en bois surplombant le lac que nous avons pris l'apéritif puis que nous avons mangé. Fatigués, il était temps d'aller au dodo.
Le lendemain matin, petit déjeuner au soleil face au lac. Puis notre chauffeur de tuck-tuck revint a la charge en nous offrant ses services. Apres négociation, nous nous sommes entendus sur un prix plus convenable que celui initalement annoncé. Il nous conduira donc pour la journée. Les rickshaw sont ici constitués d'une moto en arriere de laquelle on attache une remorque pourvue de 2 banquettes de 2 passagers chacune. Cependant, dans les standards cambodgiens, il n'est pas rare de voire jusqu'à 10 personnes entassées dans le meme espace. Nous n'avions donc pas a nous plaindre! La premiere étape de notre journée de visite fut les ''killing fields'' de Choeung Ek, situés a 13 kilometres au sud de la ville. C'est la que sous le joug de Pol Pot pres de 17000 personnes ont été exécutées dans ce camp d'extermination de la maniere la plus sordide qui soit et jetées dans des charniers. En effet, entre 1975 et 1978, le Cambodge a vécu le plus grand génocide de tous les temps en termes de ratio de population exterminée. En moins de 4 ans, plusieurs millions de personnes ont ainsi été éliminée dans l'un des 380 sites d'extermination découverts a ce jour. Pol Pot avait pour objectif de faire du Cambodge un pays de paysans qui cultiveraient du riz en quantité assez grande pour devenir auto-suffisant et d'exporter en vue de l'obtention de devises si précieuses pour financer le régime. Et sous le couvert de la mise en place d'un régime communiste modele, il a purgé le pays de toute forme de savoir, en brulant les livres, en détruisant les pieces cultrelles comme a Angkor Wat, et en exécutant toute personne moindrement cultivée ou représentant de l'ordre : professeurs, hommes politiques, penseurs, savants, chercheurs, militaires, etc. Et afin de s'assurer de ne rien laisser au hasard, non seulement exécutait-il les personnes soit-disant érudites mais également toute leur famille, sans exeption, des plus agés jusqu'aux nouveau-nés. Les personnes étaient alors détenues dans la prison S-21, au centre de Phnom Pen (voir lus loin) puis déportées vers des camps pour y etre exécutées. Et tout cela malgré la pleine connaissance de ce qui se passait dans le pays par la communauté internationale. Le cambodge avait meme un siege a l'ONU! Pour en revenir aux 'killing fields'' de Choeung Ek, un camion remplit de prisonniers (a qui on disait qu'on les envoyait travailler dans des champs) y arrivait plusieurs fois par mois. Les personnes y étaient débarquées puis parquées commes des betes. Dans le camp, de puissants haut-parleurs jouaient a tue-tete de la musique révolutionnaire. On faisait alors creuser au prisonnier un immense trou de plusieurs metres de profondeur, longueur et largeur. Et la nuit venue, les yeux bandés et les mains liées, on les ammenait vers ce trou béant pour les exécuter. Les militaires devant limiter l'usage des balles de fusil (tres cheres et difficles a obtenir), c'est avec des moyens bien plus barbares que les prisonniers étaient tués: a coup de baton, de pioche, de chaines... on utilisait les branches de palmiers, tres coupantes, pour trancher la gorge de certains... qui mettaient alors 10 minutes a mourir. Et bien d'autres exactions encore plus sordides, que je tairai, étaient utilisées pour tuer les bébés. Les ''killing fields'', bien que pouvant etre tres dérangeants par la cruauté qui y eut lieu, sont un triste mais important héritage de la culture Khmer (cambodgienne). Et c'est aussi, selon moi, un important héritage de l'humanité (de par sa teneur contemporaine) dont nous n'avons malheureusement pas appris beaucoup. Quand on repense par exemple aux événements survenus au Rwanda ou au Kosovo pour ne citer que ceux-ci, ils ne sont qu'une triste répétition de l'histoire cambodgienne. Décidément, l'humain ne se domptera jamais...
Apres les ''killing fields'', nous sommes allés au ''Tuol Seng Museum'', mieux connu sous le nom de ''prison de sécurité S-21''. C'est un lycée que le régime de Pol Pot avait transformé en prison et centre de torture. Jusqu'à 100 personnes y mourraient quotidiennement. Les salles de classe avaient été converties en cellules de détention de 1 metre de large par 2 metres de long. Au rez-de-chaussée se trouvaient les salles de torture. Sur les lits métalliques, les prisonniers étaient attachés avec des menottes confectionnées avec du fer a béton et torturés selon des méthodes toutes aussi barbares que celles utilisées pour achever ces meme prisonniers. Aujourd'hui, il reste certains artefacts de cette époque cruelle. Plusieurs expositions permettent aussi une compréhnesion plus en profondeur des motivations du régime d'alors, leurs ambitions et leur façon de procéder. Une exposition relate la vie actuelle de personnes qui ont autrefois travaillé a la prison, comme tortionnaires par exemple. En effet, on se demande toujours comment des personnes peuvent consciemment effectuer des taches aussi inhumaines. La réponse de certaines apporte peut-etre un élément de réponse: ''on avait pas le choix: on exécutait les ordres ou c'est nous qui étions exécutés''. Et nous, que ferions-nous dans pareille situation? Pas facile, n'est-ce pas? Une autre exposition concerne le voyage d'un danois qui, en 1978, était membre d'un parti proche de l'idéologie communiste et qui était alors convaincu que les accusations de torture et de génocide envers le régime cambodgien étaient une manipulation de l'occident afin de venir a bout des khmer rouges et d'éviter la possible réussite de l'implantation d'un régime communiste idéal. Une délégation de ce mouvement était alors venu visiter le Cambodge, sur invitation du régine de Pol-Pot, afin de constater le non-fondement desdites accusations. Le groupe s'était promené dans differents coins du pays, accompagné d'une délégation officielle. Et bien évidemment, les visiteurs avaient découvert un pays apparemment riche, des personnes apparemment en bonne santé, des infrastructures apparemment fonctionnelles, une politique agricole apparemment fonctionnelle. Les photos prises a l'époque sont exposées sur les murs. Et a coté de chaque photo se trouvent écrits 2 commentaires du danois. Le premier commentaire est la réflexion qu'il faisait a l'époque face a une scene donnée (illustree par la photo). Le deuxieme commentaire est la réflexion qu'il fait aujourd'hui face a cette meme scene, a la lumiere de la vérité qui éclata peu apres son voyage au Canbodge. Son constat pourrait se résumer ainsi: il a été duppé par ce qu'il a vu, et qui était tout simplement ce que l'on avait bien voulu lui montrrer (un peu comme la Coree du nord avec le nucléaire?). Il a egalement pris la décision de ne plus croire en aucune idéologie qui lui promettrait de régler tous les maux du monde, et a donc cessé de croire en tout parti politique dont le discours serait utopique, comme par exemple ''on va baisser vos impots, on va augmenter les services, vous allez travailler moins, etc.''. De telles promesses vous rappellent un parti?
Apres cette matinée humainement et psychologiquement difficie, il était temps d'aller se restaurer. Direction: le marché afin de manger quelques affaires typiquement locales. Inconfortabement assis de petites chaises en plastique autour d'un comptoir sale, nous avons dégusté d'exellents sandwiches au porc et aux saucisses, agrémentés d'une mystérieuse sauce a base de beurre et de sucre. Franchement délicieux!
Une fois rassasiés, nous pouvions reprendre notre tuck-tuck pour rejoindre notre prochaine étape de visite de Phnom-Pen: le palais royal. Il s'agit d'un gigantesque complexe regroupant des dizaines de batiments dont plusieurs temples. Nous avons donc déambulé le reste de la journée dans ce décor somptueux, entre jadins et fontaines, entre temples et statues. En sortant, alors que la nuit tombait, nous avons été prendre un verre au ''foreign correspondant club'' ou club des correspondants internationaux de Phnom Pen, sorte de mecque du gotha journalistique d'antan ou se retrouvaient les jounalistes postés en Indochine. C'est en sirotant une bonne ''Angkor Beer'' bien fraiche depuis la terrasse du 2e étage que nous avons regardé la vie qui grouillait a nos pieds. Puis nous avons été manger au restaurant ''friends'', qui est une entreprise d'insertion des jeunes par le travail. Ils ont ainsi une école dans laquelle les jeunes apprennent les métiers de la restauration (cuisine et service). Par la suite, les jeunes officient dans un restaurant de ''2e niveau'' ou ils vont parfaire leur travail. Et pour les meilleurs, une assignation au restaurant ''friends'', de 3e niiveau, leur permettra de compléter leur cursus. Plusieurs jeunes se sont ainsi vu offrir un emploi de qualité par des clients eux-aussi restaurateurs, ou bien ont ouvert leur propre restaurant. Un bel exemple d'aide qui fonctionne. D'autant plus que la carte est du genre ''tapas''. On mange donc de petites portions de plats cambodgiens, tous aussi succulents les uns que les autres, ce qui permet un survol de la culture gastronomique du pays et qui n'a rien a envier a ses voisins. Une adresse incontournale pour se régaler et aider des jeunes qui en ont besoin. Féllicitations a tous pour leur excellent travail. Et apres un tel festin des papilles et de l'esprit, la direction du lit s'imposait!
Le lendemain matin, le réveil fut matinal (6h45) car nous devions partir tot pour prendre notre bus pour Siem Reap. Un tuck-tuck et un minibus plus tard, nous étions confortablement installés (par rapport a l'Inde!) pour un petit 6 heures de voyage.
A suivre...
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