dimanche 5 octobre 2008

08-09-26 Harare


Rester dans une communauté est une chose fort intéréssante pour découvrir une culture. Mais voir ce qui se passe en ddehors de ses murs peut également etre un expérience fort enrichissante pour mieux comprendre ce qui se passe réellement dans une société. Qui plus est dans un pays actuellement en proie à une crise socio-économique sans précédent et aux conséquences humaines encore insoupçonnées. D'autre part, il nous fallait penser à notre départ et il nous fallait donc obtenir de l'information sur les moyens de tansport disponibles pour rejoindre notre prochaine destination: Lilongwe (Malawi) ou Dar Es Salaam (Tanzanie). Il nous fallait donc aller en ville. Vendredi matin, j'étais dans la boite du pick-up qui partait en ville.

J'allais accompagner Allan, grand gaillard aux tresses Rasta. Ensemble, nous ferions la cueillette d'information nécessaire à Sylvie et moi ainsi que quelques courses pour Kufunda.

Une fois arrivés au centre-ville, tous les passagers du pick-up se séparèrent pour vaquer chacun à ses occupations. De notre bord, notre première destination fut le siège de « South African Airlines ». Résultat: près de 500$ par personne pour un vol vers Dar Es Salaam. Un peu excessif pour un budget de backpackers! 2e étape: le siège de Zimbabwe Airlines: 256$ par personne pour le meme trajet. Intéressant, mais il m fallait alors en discuter avec Sylvie pour voir si elle était OK avec cette option. Le reste de la journée fut consacré à la tournée de 2 quincailleries dans lesquelles nous avons du passer 30 minutes chaque fois, 2 fois dans chacune. En effet, les paiement avait été fait par virement mais il semblait etre bien difficile pour les employés de trouver quelqu'un dans le magasin qui soit capable de valider l'information. Résultat: nous avons fait une première tournée des quincailleries en passant plus de 30 minues dans chacune. Puis, les employés réclamant davantage de papiers, nous avons du retrouver en ville une personne de Kufunda afin qu'elle nous fournisse la paperasse tant convoitée. Nous sommes par la suite retournés faire la tournée des quincailleries... ou nous avons du attendre encore plus longtemps que la première fois. Non pas parcequ'il y avait beaucoup de monde: les magasins sont vides et désertés par la clientèle. Juste parce que les employés devaient
chaque fois demander l'autorisation d'avoir l'autorisation etc. Un vrai cirque. Résultat: nous avons sillonné la ville à pieds, toute la journée, pour 2 autorisations de récupérer 3 poubelles et 2 pots de peinture le lendemain!

En fin d'après midi, nous retrouvions le confort de notre boite de pick-up et la compagnie des autres passagers. Un dernier arret s'imposait: celui du marché. Pour des raisons de cout de la vie augmentant proportionnellement à la dépréciation exponnentielle de la monnaie locale, c'est vers le « Soweto » du Zimbabwe que nous nous sommes dirigés pour faire nos courses. En d'autres termes, dans le plus grand township du Zimbabwe. Et là, le retour à une vision d'enfer fut quasi-instantanné. Des rues bondées de gens à pied, en cariole, en mobylette, en vélo, terrains vagues ou les personnes vendent tout et n'importe quoi, des chats et des chiens squelettiques qui déambulent et fouillent dans les tas de poubelles qui jonchent le sol. Le ghetto quoi. Au bout de cette longue rue, on aperçoit une agitation encore plus grande. Nous arrivons au marché.Une fois stationnés, tout le monde part de son bord pour s'acheter quelque chose à manger pour les prochains jours. Je suis consciencieusement mon accompagnateur dans ce dédale d'échoppes. À ma grande surprise, bien que je sois certainement un des seuls « blancs » de la journée à avoir pénétré ce marché, je ne sens ni animosité, ni danger, ni étonnement de la part des milliers de personnes qui s'y trouvent. Au contraire: une coutoisie discrète et sincère. Une sourire. Un bonjour. Un petit mot. Un geste de la main. L'expérience me conquit. Certes, je ne tenterais pas le diable en me présentant seul. Mais je dois avouer mon étonnement face à tant de quiétude. Et ma satisfaction face au respect que j'ai eu de la part des gens. Méchante expérience!

Dans le post de Victoria falls, je vous mentionnais le taux de change qui éolue quotidiennement. Il était alors passé de 400/ à 500/1 du vendredi au samedi. Lors de notre passage au marché de Harare, j'ai alors demandé à mon accompagnateur quel était le taux de change du jour. 1000/1! Donc, en 1 semaine, le cours du dollar zimbabwéen a évolué de 250%, en passant de 400$ Zim pour 1 $ US à 1000$ Zim pour 1 $ US, les prix des matières premières allant dans le meme sens... mais les revenus demeurant identiques. Vous comprendrez alors mieux la crise qui secoue le pays, et le désarroi des gens qui l'habitent lorsqu'il s'agit de trouver de quoi manger.

Le mardi suivant, j'ai du retourner en ville pour aller acheter nos billets d'avion. (Finalement, pour des raisons pratico-matérielles, nous allons « skipper » le Malawi et nous rendre directement en Tanzanie, à Dar Es Salaam. Cela nous donnera également un peu plus de jours à partager entre ce pays et le Kenya.) Je suis donc reparti dans le pick-up. Tout d'abord, nous nous arretons pour acheter de l'huile à moteur pour le pick-up. Croyez le ou non, mais il a fallu près de 20 minutes de négociaton à 3 personnes avec le vendeur pour réussir à obtenir 5 litres d'huile de vidange « no-name » pour la somme de 22$ US! plus tard, arrivés en ville, le meme scénario que vendredi: tout le monde se sépare pour aller faire ses petites affaires. Cependant, aujourd'hui, avec le chauffeur, nous repartirons seuls au village, les autres prenant un bus pour d'autres villages. J'ai donc enfin pu acheter nos billets d'avion sur « Air Zimbabwe ». Ensuite, nous sommes allés faire un saut au marché aux vetements, puis nous sommes retournés au meme marché que vendredi pour essayer de trouver 2 produit bien spécifiques: du sucre et de l'huile de friture. Mais ces produits, pour cause de pénurie, ne sont bien évidemment pas disponibles en épicerie. C'est sur le marché noir que nous devrons essayer d'en trouver. Nous nous engouffrons alors dans une petite rue parallèle au marché. Nous nous retrouvons sur une sorte de terrain vague sur lequel des dizaines de personnes attendent je ne sais quoi. Puis nous nous faufilons en voiture au milieu de ces personnes qui s'agglutinent alors les unes après les autres au véhicule. Les fenetres sont baissées. Le chauffeur énonce ses besoins: sucre et huile. Les personnes énoncent leur prix. Aujourd'hui, le sucre se détaille 3$ US les 2 kg, et l'huile de friture 10$ les 2 litres. Trop cher. Nous repartons bredouille. I faudra essayer de nouveau un autre jour... en espérant une hypothétique baisse des prix! Ah oui, au fait, le taux de change est auourd'hui à 1200/1. Ce qui explique en oartie que les prix aient encoreaugmentés depuis la semaine dernière...

Après cette expérience amère de recherche désespérée de produits apparemment aussi basiques que de l'huile ou du sucre, je suis rentré au village rejoindre Sylvie qui a passé la matinée en compagnie des enfants à la « pre-school ». Dans le confort douillet de nos sociétés de ouate, nous sommes vraiment loin de pouvoir comprendre un instant ce que peut etre la vie dans de pareilles conditions tout aussi inhumaines que désolantes.

À ce moment, ma tete est une véritable bouilloire dans laquelle macèrent mille et une idées, des sentiments partagés entre la révolte, l'impuissance, le dégout et l'espoir. C'est alors qu'une réflexion me traversa l'esprit: demain, nous allons voler sur les ailes de Air-Zimbabwe, qui est la compagnie nationale de l'un des pays les plus instables et certainement des plus corrompus actuellement. Un doute s'installa dans ma tete: font-ils encore de la maintenance sur leurs appareils? Achètent-ils des pièces de rechange usagées? Leurs pilotes sont-ils qualifiés? Mettent-ils assez de carburant pour avoir une marge de maneuve en cas de pépin? Autant de questions qui vont demeurrer dans ma tete jusqu'à ce que nous rendions à l'aéroport. Et qui ne seront qu'amplifiées lorsque nous monterons à bord de l'avion!

À suivre...

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