
Peu de temps apres nous etre installés dans nos sieges, le bus se mit en route. A l'heure. Finalement, le trajet ne fut ''pas si pire'' que je ne l'avais appréhendé. Nous avons eu droit a 2 DVD et aucun karaoké, une chance! Nous avons finalement réussi a dormir un peu et a 7h00, nous nous stationnions a Banaue (prononcer ''Banawé''). Ce petit village de 20000 ames est suspendu aux montagnes qui l'entourent et se trouve lové dans une vallée ou se pratique la culture du riz en terrasses. Bien évidemment, aussitôt la porte du bus ouverte, nombre de rabatteurs nous offrirent leurs services (nous avions un peu oublié cela en Chine!). Nous avons porté notre choix sur celui qui nous semblait le moins ''insistant'' en nous laissant conduire vers une guesthouse un peu plus bas dans le village. Nous y avons pris notre petit déjeuner en avant des grandes fenetres ouvertes qui donnaient sur la vallée. Le temps était splendide et le panorama grandiose. Une sorte de Sapa (au Vietntam). Mais le Sapa d'il y a 20 ans. Pas le Disneyland que c'est devenu! Bref. Devant ce décor de film publicitaire, nous avons décidé d'enchainer sur un trek d'une journée vers Batad, petit village de 1000 habitants dans un décore apparemment encore plus féérique que celui que nous avions en avant de nous. Nous avons pris une chambre sur place puis sommes remontés vers l'arret de bus ou il me semblait avoir vu un ''bureau touristique des Philippines''. Finalement, en passant devant une échoppe, une voix cria ''Batad''. En arriere de la rangée de souvenirs se trouvait une petite salle de restauration. 2 tables étaient occupées par des occidentaux. Devant notre curiosité, un philippin nous proposa de nous joindre au Jeepney qui partait vers Batad. Environ 1 heure de ''route'' pour rejoindre le chemin qui conduisait au village et a ses cascades. Il nous proposa également les services d'une guide, si nécessaire. Nous avons demandé aux occidentaux quels étaient leurs plans. La table de 4 allait passer la nuit a Batad. A la table de 2, des français qui arrivaient tout juste de Manille (par le bus apres le notre). Repartant le soir meme par le bus de nuit pour Manille (quel courage!), ils étaient partants pour partager la guide. De notre bord, les plus assidus d'entre vous se rappeleront peut-etre la sortie vers les cascades de Muang-Noi (ou nous nous étions perdus apres avoir trouvé peu utile de prendre un guide!), nous n'avons pas voulu renouveler cette expérience. Quelques minutes plus tard, nous étions tous (ou sur) le Jeepney. De mon bord, j'ai préféré faire le chemin sur le toit en compagnie des 2 français, Constance et Louis. La route en béton se transorma rapidement en chemin cahoteux, puis devint un chemin de montagne en fort mauvais état. Malgré une vitesse fort réduite, lse véhicule sautait dans tous les sens. En de tres nombreux endroits, des glissements de terrain avaient recouvert la route. Un typhon était passé par la il y a quelques jours, bien évidemment accompagné de pluies torrentielles, contrariant ainsi la montagne qui se rebella en s'épanchant de la sorte. Parfois, alors que nous passions en avant d'un trou béant dans la paroi, des cailloux se mettaient a dévaller la pente pour finir au milieu du chemin. Finalement, dans un virage, nous avons compris que nous devrions terminer l'ascension a pied. Une énorme montagne de terre et de roches avait ensevellit la route. Un jeepney était en avant. Les passagers étaient descendus pour tenter de faire un passage au véhicule en alignant des roches en avant des roues. Le véhicule reculait, prenait son élan et bondissait dans la montée ou il s'enfonçait. Les personnes mettaient alors plus de roches sous les roues et le chauffeur s'essayait a nouveau. Le tout dans le calme le plus parfait. Quel flegme et quelle persévérance dans une telle situation! De notre bord, nous avons pris nos affaires et c'est a pied que nous avons franchi l'éboulement pour terminer notre ascension.
Apres environ 5 minutes de montée, nous sommes arrivés a un col. Le chemin pour les véhicules se terminant la, c'est jusqu'à ce point que notre jeepney aurait du nous conduire. Mais nous étions (et avions) déjà chauds pour entreprendre l'heure de descente qui nous conduirait jusqu'au village que nous appercevions en contrebas. Au fond de la vallée qui descendait, des rizieres semblaient canibaliser la montagne. Dans ce décor semi-tropical, nous avons donc déambulé au milieu des fougeres, bananiers, palmiers et autre végétation luxuriante. A notre arrivée a Batag, nous nous sommes enregistrés et aussitôt que nous avons passé la guérite ou apposer notre nom, nous avons compris pourquoi nous étions la dans ce site classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Un autre décor de carte postale. Une petite vallée fort bien abritée des regards se trouvait maintenant en avant de nous. En son milieu, un petit hameau avec son église a la façade blanche et au toit rouge. Tout autour, ce n'était que vert. Le vert des rizieres qui se superposaient sur plusieurs dizaines d'hectares a flanc de montagne. Elles ont été construites il y a plus de 2000 ans par la minorité qui peuple le village: les Ifugao. Des murs en pierre soutiennent chacune des terrasses, par opposition aux murs en terre que nous avions vu au Vietnam. Un travail de titan. Car bien évidemment, les roches proviennent de la riviere qui coule quelques centaines de metres en contrebas. Au fil du temps, elles ont été remontées a dos d'Homme pour lentement façonner la montagne de sorte a pouvoir cultiver ce grain qui constitue l'aliment de base des philippins: le riz. Les terrasses se transmettent de génération en génération, l'héritier étant systématiquement le cadet des enfants. Ici, on peut produire jusqu'à 3 récoltes par année. Mais plus on fait de récoltes et moins le riz est savoureux. Mais les récoltes sont tout juste suffisantes pour nourrir les nombreuses bouches qui composent une famille modele.
Apres avoir repris notre souffle devant ce décor qui nous le coupait, nous sommes partis rejoindre la casacade a environ 1 heure de marche de la. Rapidement, nous nous sommes retouvés au beau milieu des rizieres, a déambuler tels des équilibristes sur les murets de pierre. Il était difficile d'avancer 50 metres sans vouloir s'arreter pour prendre des photos. Enfin, apres avoir descendu quelques centaines de marches tout aussi abrutes qu'irrégulieres, nous avons longé un riviere a l'eau transparente pour arriver au pied d'une somptueuse cascade d'une vingtaine de metres de haut et au débit plutot élevé. Rien a voir avec la buccolique petite chute d'eau de Muang-Noi sous laquelle nous nous étions rafraichis. C'est donc dans la riviere que nous nous sommes baignés, en nous faisant masser par le fort courant qui forçait le passages entre les rochers. La fraicheur de l'eau fut un pur bonheur.
Apres environ 30 minutes, il était déjà 15h00. Une longue remontée nous attendait et nos compatriotes devaient etre a 19h00 au village pour prendre leur bus pour Manille. La premiere étape d'une heure nous ramena a Batad ou nous avons fait une pause pour manger. La deuxieme ascension prit elle aussi 1 heure. Mais alors que nous allions retrouver notre jeepney, notre guide nous informa qu'elle venait d'avoir un appel sur son cellulaire: un glissement de terrain avait ensevelit la route un peu plus bas et il nous faudrait changer de véhicule au cours du chemin de retour.
Alors que le soleil avait disparu depuis un long moment et que l'obscurité commençait a prendre possession des lieux, notre véhicule s'arreta dans un hameau de quelques maisons. Plusieurs véhicules étaient arretés. Du monde s'activait comme des abeilles autour d'une ruche. Apres plusieurs minutes a attendre, nous avons été voir ce qui se passait. La nuit était maintenant bien en place. Seuls les phares des véhicules éclairaient un peu les lieux. Une énorme coulée de terre de plusieurs metres de haut avait recouvert la route. Elle avait eu lieu vers midi alors que nous étions passés vers 10h30. Plutot impessionant! De l'autre bord, un autobus essayait de passer par dessus la butte. Mais la terre trop meuble empechait le lourd véhicule de passer par dessus. Sans mot dire, les passagers et les villageois se sont mis en ligne. Alors que les premiers ramasaient des roches, les suivants se les passaient de main en main alors que les derniers, tout au bout, les installaient consciencieusement dans la montée boueuse afin de faciliter le passage du bus. Personne ne parlait. Personne ne maugréait. Tous se pliaient a l'exercice certes habituel dans la région mais agréable pour personne. Avec Louis, nous nous sommes mis dans la ligne et avons participé a ce superbe effort collectif. Une belle preuve qu'ensemble, on peut déplacer des montagnes! Nous nous sommes aussi fait la remarque que dans nos pays occidentaux, riches et modernes, savants et parfois prétentieux, peu de personnes se seraient ainsi ''remonté les manches'' et ''mis les pieds dans la boue'' pour mettre des cailloux les uns derriere les autres. Nous aurions empoigné notre téléphone cellulaire et communiqué avec les autorités pour nous plaindre avec véhémence du fait que la route n'était pas encore dégagée et que cela était inadmissble, intolérable, incompréhensible, insoutenable, et juger la situation avec tout autre qualificatif se terminant en ''ble''. Peut-etre est-ce la une preuve que dans nos sociétés ''modernes'', nous sommes devenus un peu ''moutons'' et que nous sommes désormais comletement perdus une fois sortis de notre ''étable''!
Lorsque les roches furent bien alignées, le bus recula d'environ 20 metres. Le chauffeur fit monter le régime moteur et le lourd véhicule s'élança dans un esprit de départ de grand rpix de formule 1. Je craignais le résultat: soit le bus décollerait et retombertait sur la butte ou bien dans le vide, soit il s'enfoncerait dans la boue au risque de casser le train avant (auquel cas, il serait loin de repartir!). Au démarrage, les roues patinairent. 1ere vitesse. Double débrayage puis passage de la seconde. Le moteur diesel donnait tout son couple. Les roues avant arriverent sur les cailloux et les roues arrieres se mirent a patiner de nouveau. Le véhicule s'enlisa et s'immobilisa rapidement sans avoir fait 3 metres dans la montée. Il recula et dans la lumiere des phares, les villageois commencerent a boucher a nouveau les traces avec des roches. Le bus reprit son élan et progressa un peu. L'heure avançait et nous avions allegrement dépassé les 19h00. Louis s'était résigné a partir ce soir. Avec Constance, ils pourraient prendre le bus de jour qui part tot le matin. Apres 5 tentatives vaines (malgré une progression évidente), le bus nétant toujours pas passé, les villageois ont entrepris de passer a l'étape numéro 2: la corde. Personnellement, j'ai été tres étonné a l'idée que 30 personnes pourraient tirer un autobus de 15 tonnes sur une butte de 5 metres de boue. On a donc attaché le bus et on a déroulé la longue corde de nylon. Apres l'avoir torsadée pour une meilleure prise en main, on a mis la corde sous tension et alors que les hommes poduisaient leur effort, le chauffeur a mis les gaz. Le bus a progressé encore un peu, mais remeurrait loin d'atteindre le sommet le la butte. Le bus a reculé et nous avons recommencé l'opération. 2 fois. 3 fois. Alors que nous tirions avec les villageois, le chauffeur de notre jeepney est venu nous voir sur le champ de labour. Afin que Constance et Louis ne manquent pas leur bus qui partait a 20h00, il s'était organisé avec un chauffeur de jeepney de l'autre coté du glissement de terrain afin que celui-ci nous ramene au village. de son bord, notre guide avait téléphoné au guichet de la compagnie d'autobus (ou travaillait une amie a elle) afin que le chauffeur nous attende. Nous avons donc laissé l'autobus entre les mains expertes des villageois et c'est en simples touristes que nous avons traversé une derniere fois la butte de terre. Alors que nous nous éloignions pour rejoindre notre nouveau jeepney, nous pouvions entendre le moteur de l'autobus qui rugissait en essayant a nouveau de franchir cet insurmontable obstacle. On nous indiqué un jeepney et nous sommes montés dedans. Ente les banquettes se trouvaient des sacs de riz destinés a un mariage, un essieu de camion et une brosse bobine de fil de fer. Sur la banquette de droite, un philippin était affalé de tout son long. Une sombre odeur d'alcool de riz trahissait son emploi du temps des dernieres heures.
Le chauffeur se mit en route. A cause de l'état pitoyable du chemin, le véhicule ruait tel un étalon dans un rodéo. A chaque instant, nous nous préparions a retenir notre poche a vin pour ne pas qu'il se fracasse sur l'essieu. Mais la densité de l'alcool deriz devant etre particulierement élevée, il resta bien ancré a sa place malgré quelques sauts qui auraient rendus malade plus d'un passager a jeun. Apres la partie la plus cahoteuse, nous avons rejoints la route bétonnée. Il était 20h10 quand les maisons ont commencé a défiler: nous arrivions au village. Le conducteur ne trainait pas. A pleine vitesse, il entreprit la montée qui menait jusqu'à la station de bus et tout a coup, la guide se retourna en nous criant ''il est encore la''! Constance et Louis ont sauté du jeepney, ont récupéré leurs affaires qu'ils avaient laissé au restaurant d'a coté puis se sont engouffrés dans le gros autobus. Aussitot, il s'ébranla pour prendre le chemin de Manille. Wow. Super travail d'équipe. Et que sens de l'organisation et de la collaboration. Chapeau a toutes et a tous.
De notre bord, Sylvie et moi sommes redescendus dans la noirceur de la nuit vers notre auberge qui était plus bas dans le village. Nous avons été manger un morceau pour reprendre quelques forces et avons été prendre une bonne douche chaude avant d'aller nous coucher.
A 6h30, le réveil sonna. Il nous fallait etre sur la place du village (toute proche de notre auberge) avant 7h30 pour prendre place dans le jeepney qui nous conduirait vers Bontoc, a 45 kilometres de la. En sortant de la guesthouse, la vie battait déjà son plein dans les petites rues animées de Banaue. Nous avons déposé nos sacs dans le véhicule pour Bontoc. Le départ n'étant qu'a 8h30 (mais il faut etre la en avance pour s'assurer d'une place, d'autant plus qu'il part parfois en avance s'il est plein!), nous avons été prendre notre petit déjeuner dans un restaurant tout proche. Et c'est depuis une terrasse qui offrait une vue imprenable sur la vallée que nous nous sommes remplis l'estomac. Peu avant 8h30, nous avons regagné notre véhicule. A 8h30, nous nous élancions.
A suivre...
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